1er novembre – La nuit a été calme, et la journée relativement tranquille. L’Amiral donne l’ordre de remettre de l’ordre dans les régiments et les bataillons. Le bataillon RABOT relève le 19ème bataillon de chasseurs au nord du chemin Costkerke. La situation de la brigade est alors la suivante :
A Dixmude (CONTI): le 2ème bataillon du 2ème régiment, le bataillon de Sénégalais et un bataillon belge.
Sur l’Yser : le 1er bataillon du 1er régiment (de SAINTE-MARIE) au nord du Pont et le 3ème bataillon du 2ème régiment (MAUROS) au sud du Pont.
Front nord, le 3ème bataillon du 1er régiment (RABOT)
Dans les tranchées extérieures de Caeskerke : le 2ème bataillon du 1er régiment (de KERROS)
Et en réserve générale le 1er bataillon du 2ème régiment (commandant de JONQUIERES qui vient d’arriver).

L’Amiral porte son quartier général à Oudecapelle où il fait installer les communications téléphoniques; son poste de combat reste à la croisée des routes.


2 novembre – Depuis plusieurs jours, on entend une violente canonnade ininterrompue vers Merckem. La tranquillité relative dont la brigade bénéficie après 15 jours de combats continuels résulte vraisemblablement de ce que l’ennemi a fait refluer vers Merckem et au sud, en vue du combat dans cette région, la plupart des forces d’infanterie et d’artillerie qu’il maintenait devant Dixmude. Pour obliger l’ennemi à maintenir toutes ses forces devant Dixmude et l’inciter à y amener d’autres forces, le commandant décide de faire déboucher de Dixmude une attaque de la Division belge soutenue par une puissante artillerie.

Sur le front nord, rive gauche de l’Yser, l’ennemi est visiblement gêné par l’inondation. Il se retire vers l’Yser, mais occupe toujours les fermes dans lesquelles il laisse quelques hommes et des mitrailleuses.


3 novembre – Poursuite de l’attaque. En raison du repli des Allemands sur l’Yser, l’Amiral décide de ne laisser que 2 compagnies sur le front nord, rive gauche. En conséquence, il fait rentrer le bataillon RABOT en réserve générale et 2 des compagnies du 2ème bataillon du 1er régiment (de KERROS) en réserve de Caeskerke.
Il ne reste donc plus dans les tranchées du nord qu’un demi-bataillon avec le commandant
de KERROS.

4 novembre – Poursuite de l'attaque.
L’Amiral envoie au commandant CONTI, les 2 compagnies du commandant de KERROS (réserve).
La brigade reçoit  un renfort d’artillerie lourde (2 pièces de 120 long).


5 novembre – Nuit calme autour de Dixmude.
Fin de l’offensive de la 42ème division. Le bataillon de JONQUIERES est reporté immédiatement en réserve.
A Dixmude, la journée se passe dans une tranquillité relative, dont l’Amiral profite pour procéder à une nouvelle répartition permettant la relève des unités sur le front.

A Dixmude (CONTI): le 2ème bataillon du 2ème régiment, 2 compagnies dans les tranchées et 2 compagnies en réserve, le 3ème bataillon du 1er régiment (RABOT), le bataillon de Sénégalais et un bataillon belge.
Sur l’Yser : le 1er bataillon du 1er régiment (de SAINTE-MARIE) au nord du Pont et le 3ème bataillon du 2ème régiment (MAUROS) au sud du Pont.
Front nord, le 3ème bataillon du 1er régiment (RABOT)
Dans les tranchées extérieures de Caeskerke : le 2ème bataillon du 1er régiment (de KERROS), et un bataillon de sénégalais
Et en réserve générale le 1er bataillon du 2ème régiment (de JONQUIERES)

 


6 novembre – Nuit calme, brouillard. La brigade se trouve de nouveau seule à Dixmude.
Sur la demande pressante de l’Amiral, la division belge laisse 1 groupe de 2 batteries de 75 à la disposition de la brigade (7 pièces : 3 à de Kapelhoek et 4 à la gare de Caeskerke).


A Dixmude, les Allemands ont ramené leurs grosses pièces avec lesquelles ils reprennent un bombardement assez intense de la ville et de ses tranchées, des tranchées de l’Yser et du terrain en arrière. Sur le soir, une attaque d’infanterie allemande sur le cimetière est repoussée.

C'est probablement au cous de cet échauffourée que le matelot groisillon Laurent Marie STEPHAN est tué


7 novembre – Nuit calme – Brouillard épais.
 

L’Amiral décide une nouvelle répartition du commandement et des forces.
A – Ensemble de la défense proprement dite de Dixmude comprenant, le front extérieur de la ville de Dixmude, la ville de Dixmude, la rive de l’Yser (nord et sud du Pont route) et les réserves de secteur, commandé par un des capitaines de vaisseau.
B – Le reste de la défense comprenant, le front nord (face au nord – rive gauche de l’Yser) et la réserve générale, commandé par d’autre capitaine de vaisseau.

 

Pendant toute la journée, duel d’artillerie. Sur le front des tranchées de Dixmude, les Allemands montrent une grande activité. Une pièce de 75 est amenée sur la berge de l’Yser. Cette pièce est, dès le premier coup, prise sous le feu d’une batterie allemande, dont un projectile tue le commandant de SAINTE MARIE qui surveillait ses effets.

8 novembre – Nuit troublée. L’ennemi venant d’Eessen prononce plusieurs attaques sur Dixmude sans toutefois insister. Au jour, il attaque plusieurs fois le cimetière au sud de la ville. Il est repoussé.
Violent bombardement toute la journée. Le tir des allemands est dirigé avec une grande précision sur nos tranchées du cimetière et de l’Yser et sur notre artillerie lourde placée vers Oudecapelle. Fortes pertes.
Le bataillon MAUROS remplace le bataillon CONTI, pour la défense de la ville de Dixmude. Le bataillon CONTI prend la défense de la rive de l’Yser au sud du Pont-route.

Le matelot groisillon, Yves Benoît SALAHUN est probablement blessé ce jour. Il décède le 10 novembre à l'Hôpital de Furnes.

9 novembre – Dès le matin, la fusillade allemande reprend contre les tranchées de Dixmude et pendant toute la journée, la ville est bombardée auquel notre artillerie répond.

10 novembre – Un bombardement violent commence dès le matin, principalement sur les fronts est et sud de Dixmude et sur la rive gauche de l’Yser, notamment sur le cimetière qui devient vite intenable.

A 11 h 30, le bombardement des tranchées redouble, puis c’est l’attaque brusquée. A 13 h, l’infanterie ennemie marche sur les tranchées de Dixmude plus ou moins démolies et en tout cas neutralisées. Elle s’empare d’une partie de ces tranchées, de celles qui sont immédiatement au sud de la route d’Eessen et pénètre dans l’intérieur de la défense, prenant d’écharpe et à revers les autres tranchées qui sont les unes après les autres évacuées. Une vive fusillade éclate partout en ville où l’ennemi a pénétré avec une rapidité surprenante, encore inexpliquée.

Du côté nord, la section du 3ème bataillon est attaquée de flanc et de revers. Le commandant RABOT est tué, la section faite prisonnière, le lieutenant de vaisseau SERIEYX est blessé. L’ennemi pousse ce qui reste de cette section vers l’Yser, ordonnant au capitaine SERIEYX d’inviter les tranchées de l’Yser à se rendre. Mais une contre-attaque lancée par le commandant DELAGE et exécutée par une section de la 1ère compagnie du 1er régiment) commandée par le capitaine d’ALBIAT fait fuir les allemands, ce dont le capitaine SERIEYX profite pour traverser l’Yser à la nage avec ses hommes et pour rendre compte à l’amiral.

Le reste du bataillon, placé dans les tranchées de la route de Beerst, est attaqué de front, de flanc, et à revers. Il se maintient jusqu’à la nuit, puis rallie les ponts de Dixmude après avoir souffert de difficultés considérables pour cheminer sous le feu de l’ennemi, dans les fossés pleins d’eau. 450 hommes épuisés et presque tous dépourvus d’armement et d’équipement rentrent dans la ville. Dans Dixmude même, on se bat, la 8ème compagnie et une section de renfort de la 5ème compagnie au 2ème régiment établissent une barricade  au passage à niveau de la route d’Eessen, mais il se voit forcé d’ordonner la retraite, à un moment où la situation est intenable et où l’évacuation est rendue fort dangereuse par la fusillade que les allemands dirigent des fenêtres des maisons en ruines.

A 16 h 30, la situation est des plus confuses. Les actes d’héroïsme relevés sont nombreux ; ils ne peuvent aboutir à la conservation de la ville, et l’amiral décide d’abandonner Dixmude et de mettre tout en œuvre pour arrêter les progrès de l’ennemi à l’Yser.

A 17 h, la ville est prise, l’amiral fait sauter les ponts. L’artillerie lourde de la défense reçoit l’ordre de bombarder à son tour Dixmude, pour en rendre l’occupation intenable. Le feu est mis à la minuterie. La décision de bombarder Dixmude était des plus pénibles, parce que la ville contenait certainement beaucoup de blessés alliés, mais elle était nécessaire pour le maintien du front de l’Yser, à une heure où le moral de nos troupes pouvait être fortement ébranlé.
Nos pertes sont considérables, le commandant RABOT est tué, le commandant VARNEY est blessé (il est remplacé  par le commandant MAUROS). De la garnison de Dixmude, il ne revient que 200 Sénégalais, 200 Belges, 500 marins et quelques officiers.

A 18 heures, des renforts arrivent. L’infanterie est placée à la réserve générale. La réorganisation des bataillons RABOT et MAUROS commence aussitôt.

Les matelots groisillons, Pierre Laurent RAUDE, et Elisée Pierre STEPHAN meurent dans ces combats

11 novembre – Tous les efforts sont faits pour empêcher l’ennemi de se servir de Dixmude.
Le front de l’Yser est solidement tenu, des abris sont construits. Une pièce de 75 est amenée à proximité.
L’artillerie lourde de la défense tire sans relâche sur Dixmude et sur ses abords. La ville est incendiée.
Les Allemands répondent par un bombardement violent des tranchées de l’Yser qu’ils prennent d’écharpe, et des terrains en arrière. Ils n’essaient pas de déboucher de Dixmude, par contre, ils montrent beaucoup d’activité dans les marais au nord de la ville. Le soir, courte fusillade sur le front nord Yser.
Une violente tempête souffle toute la nuit.

Un matelot groisillon meurt durant ces combats, il s'agit de Théodore METAYER.

La situation des troupes de la brigade est la suivante :
- 2 bataillons sur l’Yser face à l’est (1er du 1er régiment et 2ème du 2ème régiment) ;
- 1 bataillon occupe le front nord de la rive ouest (2ème du 1er régiment – 3 compagnies seulement, l’autre compagnie est à la réserve)
- 1 bataillon en soutien (1er du 2ème régiment).
Les 2 autres bataillons se refont en arrière (3ème du 1er et 3ème du 2ème régiment).
Les Sénégalais réduits à 600 hommes sont mis au cantonnement à Caeskerke. Ils sont pratiquement inutilisables.
Une compagnie de Génie belge exécute des travaux d’amélioration de la position de repli.

12 novembre – Toute la journée, et jusqu’à 17 h, le bombardement intense des tranchées et des routes en arrière recommence. Quelques tranchées de l’Yser au sud du pont sont démolies.
Aucune attaque d’infanterie, mais on aperçoit des mouvements de troupes ennemies notamment entre le moulin et l’hôpital Saint-Jean, puis à la hauteur de la route de Beerst et dans le Beerst-Bloot.
L’artillerie lourde de la défense ainsi que l’artillerie de campagne bombardent sans relâche Dixmude et ses abords. Les bataillons MAUROS et RABOT sont reconstitués à 3 compagnies et placés à la réserve générale.

13 novembre – Nuit calme.
Dès 7 heures, le bombardement recommence. De 9 à 10 heures, fusillade assez nourrie sur le front sud.
A Dixmude, les Allemands installent des mitrailleuses dans les maisons de la rue du Pont. L’artillerie lourde tire sur ces maisons, les détruit ou les rend intenables.

14 novembre – A partir de 7 heures, bombardement violent et systématique de tous les pâtés de maisons de la rive ouest, des routes et de notre artillerie lourde.

Les maisons de la route Dixmude – Caeskerke, épargnées jusqu’ici, et où sont les Etats-majors des deux régiments, sont détruites. Pas d’attaque d’infanterie.

15 novembre – Le GQG belge, ayant décidé de tenter une inondation sur la rive est de l’Yser, le Génie belge, avec l’aide des marins, fait sauter l’éclusette au sud de la borne 16 pour déterminer une inondation sur cette rive, un peu au nord de Dixmude.

Les tranchées de l’Yser sont très éprouvées, étant prises d’écharpe par la grosse artillerie ennemie. L’artillerie allemande recherche les batteries de Caeskerke et d’Oudecappelle. Dans la soirée, des ordres arrivent pour la relève de la brigade par des unités de la 89ème division territoriale.

16 novembre – L’inondation de la rive est commence. Les Allemands reprennent le bombardement des maisons de la rive ouest et cherchent à atteindre nos batteries. Ils détruisent et incendient, à Oudecappelle, le Quartier général de la brigade qui est obligé de se reporter un peu en arrière (ferme Inn Den Raablarsur la route d’Oudecappelle – Forthem).

Les ordres pour la relève sont donnés. Cette relève s’exécute sans difficulté entre 19 et 20 heures. La brigade vient cantonner à Pollinchove et à Hoogstade. Elle a perdu plus de la moitié de son effectif.

Le 20 novembre, le capitaine de vaisseau PAILLET prend le commandement du 2ème régiment.

La brigade est ramenée sur l’Yser à la fin de novembre.

8 décembre – La mission de la Brigade est de tenir la ligne du canal de l’Yser entre le pont de Knocke jusqu’où s’étend l’armée belge et la passerelle située sur le canal de l’Yser, à 400 m au sud du pont de Steenstraat. La tête de pont de Steenstraat, par où débouche la route de Dixmude, se trouve dans cette zone défendue  par la brigade.

10 décembre – Nuit et journée calmes.
L’Amiral en profite pour poursuivre l’amélioration du secteur et le développement du réseau téléphonique.
Malgré les derniers jours de repos, la fatigue des hommes est considérable. Sur 20 compagnies, la brigade a 14 compagnies (et 4 sections de mitrailleuses), dont 8 depuis 5 jours, au travail sur le front.
Le temps continue à être pluvieux et les tranchées sont en mauvais état et remplies de boue.

16 décembre – Par ordre du général commandant la 8ème Armée et en vue de favoriser les progrès réalisés par nos troupes dans la région du littoral, la brigade doit attaquer, le 17, au point du jour, le 1er le carrefour ouest de Bixschoote. L’attaque commencera à 6h40.
Les 1ère et 4ème compagnies du 1er régiment de marins débouchant par la passerelle nord.
La 3ème compagnie du 2ème régiment par le pont de Steenstraat.
En tous cas, la ligne du canal de l’Yser doit rester inviolable.

17 décembre – L’attaque commence avec la 10ème compagnie du bataillon MAUROS en plus.
Ces compagnies s’avancent d’abord sans trop de peine, s’emparent d’une première tranchée allemande, y font 30 prisonniers et capturent 2 mitrailleuses. Poussant plus avant leurs progrès, les compagnies prennent une autre tranchée ennemie (en forme de redan), dans laquelle elles font encore une trentaine de prisonniers.

Malheureusement, au centre, la 3ème compagnie, débouchant par la route de Dixmude avant que les progrès de l’attaque de droite soient suffisants, est presque aussitôt prise de front et d’écharpe par des feux puissants d’infanterie et de mitrailleuses qui la déciment.

La 3ème compagnie du 1er régiment est aussitôt remplacée par la 9ème du 2ème régiment qui se déploie prudemment et, en établissant une liaison avec les 10ème du 2ème régiment et 2ème du 1er régiment, permet à ces dernières compagnies de maintenir leur avance et de consolider leur situation, car il n’est pas possible de progresser davantage.

A la nuit, l’Amiral ordonne d’organiser défensivement le front. Les mouvements s’exécutent sans incident pendant la nuit qui est calme, les Allemands se contentant de lancer de nombreuses fusées éclairantes.
L’offensive du 17 décembre a pour résultat la prise sur les Allemands de 2 ou 300 mètres de terrain. Malheureusement elle coûte cher à la brigade, les bataillons sont très épuisés. Les pertes en officiers sont considérables.

21 décembre – Nuit calme. Dans la matinée, des avions allemands nous survolent encore. Bombardement assez intense de l’artillerie allemande qui cherche nos batteries.
Par ordre la brigade doit reprendre l’offensive sur les objectifs indiqués pour l’attaque du 17. Cette attaque doit avoir lieu le 18 avant le jour. Elle reçoit la mission d’attaquer la grande tranchées allemande située en travers de la route Steenstraat – Dixmude à 500 mètres environ de Strenstraat.
C'est le 2ème bataillon du 1er régiment avec 2 sections de mitrailleuses (de KERROS) qui est chargé de l’attaque. Le 2ème bataillon du 2ème régiment (CONTI) est en réserve, à l’abri des vues, sur le plateau ouest du Kemmelbeck.

22 décembre – Nuit calme. Nombreuses fusées éclairantes allemandes. Les bataillons désignés se portent à leurs emplacements. A 6 heures 45, l’artillerie allonge son tir et le bataillon de KERROS se porte à l’attaque. Dès le début de l’attaque, la 8ème compagnie est prise par une fusillade violente. Elle est obligée de s’arrêter, elle se couche dans un fossé à demi plein d’eau et ne pourra plus bouger de la journée.
Les 5ème et 7ème progressent d’abord sans trop de difficultés, puis se trouvent tout à coup sous des feux violents de front et de flanc. Elles arrivent quand même sur des réseaux de fils de fer organisés en avant de la tranchée ennemie, mais ne peuvent en venir à bout. A ce moment, elles flottent, et sont ramenées en arrière, dans les tranchées de départ.
 
A la nuit, l’Amiral fait rentrer le bataillon de KERROS (2ème du 1er régiment) qui est très éprouvé, et ordonne la relève du bataillon BERTRAND (3ème du 1er régiment) par le bataillon CONTI (2ème du 2ème régiment) et la 3ème compagnie du 1er régiment (70 fusils). Les bataillons BERTRAND et de KERROS rentrent au cantonnement.
 

24 décembre – Les effectifs de la brigade fondent, le nombre des malades, des éclopés, des exempts de service croissant de jour en jour.

30 et 31 décembre – La brigade est relevée en envoyée au repos.
 
Fortement éprouvée par les fatigues et les pertes subies au cours des trois derniers mois, elle va se réorganiser.

Le 11 janvier 1915, le Président de la République passe la brigade en revue, et fait la remise du drapeau. La garde en est confiée au 2ème régiment, dont le commandant est plus ancien de grade que le commandant de 1er régiment. 

Fusiliers_Marins___RONARC_H(Extrait du journal officiel du vendredi 15 janvier 1915)
Visite du Président de la République aux Armées.
 
Le Président de la République qui avait quitté Paris dimanche soir, accompagné par le Ministre de la Marine et le général DUPARGE, est arrivé lundi matin à 3 h à Dunkerque. Il s’est aussitôt rendu sur le terrain où était réunie la brigade des Fusiliers marins en armes et il a remis à ces troupes, dont on connaît l’attitude héroïque dans les combats de l’Yser, le drapeau récemment conféré aux formations de marins à terre et qui porte l’inscription «Régiments de marins».
En présentant le drapeau aux troupes, M. POINCARE a prononcé l’allocution suivante :

« Fusiliers marins, mes amis, Le drapeau que le Gouvernement de la République vous remet aujourd’hui, c’est vous-mêmes qui l’avez gagné sur les champs de bataille. Vous vous êtes montrés dignes de la recevoir et capables de le défendre. Voilà de longues semaines qu’étroitement unis à vos camarades de l’armée de terre, vous soutenez victorieusement comme eux, la lutte la plus âpre et la plus sanglante. Rien n’a refroidi votre ardeur, ni les difficultés du terrain, ni les ravages qu’a d’abord fait parmi vous le feu de l’ennemi, rien n’a ralenti votre élan, ni les gelées, ni les pluies, ni les inondations. Vos officiers vous ont donné partout l’exemple du courage et du sacrifice, et partout vous avez accompli, sous leurs ordres, des prodiges d’héroïsme et d’abnégation.

Le drapeau que je vous confie représentera désormais, à vos yeux, la France immortelle, la France c’est-à-dire vos foyers, le lieu où vous êtes nés, les parents qui vous ont élevés, vos femmes, vos enfants, vos familles et vos amis, tous vos souvenirs, la France, c'est-à-dire le pays de grâce, de douceur et de beauté, dont une partie est encore occupée par un ennemi barbare, la France, c'est-à-dire tout un passé d’efforts communs et de gloire collective, tout un avenir d’union nationale, de grandeur et de liberté.
Mes amis, ce sont les plus lointaines destinées de la Patrie et de l’humanité qui s’inscrivent, en ce moment, sur le Livre d’Or de l’Armée française. Notre race, notre civilisation, notre idéal, sont l’enjeu sacré des batailles que vous livrez. Quelques mois de patience, de résistance morale et d’énergie vont décider des siècles futurs. En conduisant ce drapeau à la victoire, vous ne vengerez pas seulement nos morts, vous mériterez l’admiration du monde et la reconnaissance de la postérité.
Vive la République, Vive la France. » (tiré du "Livre d'Or de la Marine - guerre 14/18")

Malheureusement le matelot groisillon, Jean Marie TONNERRE, n'aura pas le plaisir d'entendre ce discours, car il est mort le 4 janvier des suites d'une maladie contractée dans les tranchées boueuses du mois de décembre.